Tribune de Genève, 2006-10-13, page 35

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© Tribune de Genève; 13.10.2006; page 35

Genève

Un réseau mondial relie les lits d’amis

Le tour de la planète en créchant sur des canapés inconnus? Possible avec «CouchSurfing». En toute gratuité et sécurité.

Parfois, il suffit de demander. Prenez Casey Fenton, voyageur californien qui se retrouve avec un billet bon marché pour un week-end en Islande et aucune envie de croupir seul dans un hôtel. Que faire? Idée lumineuse: le jeune homme dégotte sur Internet les adresses e-mail des étudiants de Reykjavik et se met à spammer à tour de bras: «Qui voudrait bien m’héberger sur son canapé?» Un séjour mémorable s’ensuit. A tel point que l’Américain décide de globaliser sa trouvaille. C’est ainsi, paraît-il, que le projet CouchSurfing (littéralement «surfer sur canapé») a vu le jour début 2004. Le réseau, géré par Internet, compte aujourd’hui 125 000 couchsurfers dans 208 pays. Quelque 170 Genevois en font partie.

❚ «CouchSurfing», quèsaco? C’est un réseau de gens qui souhaitent accueillir et se faire accueillir par d’autres gens sur leur canapé ou dans leur chambre d’amis. C’est une manière de voyager en créchant chez l’habitant, en totale immersion dans la vie locale, en dehors de tous les circuits marchands. «Nous aidons à créer un monde meilleur en ouvrant nos maisons, nos cœurs et nos vies», clame le site Web du projet.

Réservé aux jeunes? Pour l’instant, seul un tiers des membres a plus de 30 ans et quelque 7% plus de 40. Risqué? «Je choisis mes hôtes plus ou moins au hasard et je n’ai jamais eu de déconvenue», répond Susana, qui a quitté Genève il y a une année et couchsurfe en ce moment à Mumbai. Gênant? «Juste au début, lorsqu’il s’agit de dire: bonjour, je viens habiter chez vous », suggère Sandra, qui a couchsurfé à Tokyo.

❚ Andrea: l’enthousiaste de l’accueil. Etudiant, 21 ans, membre depuis janvier 2006, Andrea vit avec sa mère aux Charmilles. Il a deux lits à disposition, côte à côte, dans une chambre à part: «Celui de mon frère, parti habiter avec sa copine, et celui de ma grand-mère, qui passe six mois par an en Italie. » Il n’a pas encore couchsurfé ailleurs mais il a beaucoup accueilli. «Le premier était un Québécois. Un peu de trac, mon cœur qui battait en allant le chercher à l’aéroport… A l’arrivée, on s’est senti tout de suite comme si on se connaissait depuis des années. On s’est pris dans les bras!» Le jeune homme pratique le coachsurfing «de manière fusionnelle, en restant tout le temps avec les gens que j’héberge». Résultat? «J’ai enchaîné avec un Américain et un Néo-Zélandais qui venait pour le match entre le Brésil et son pays. Ça faisait des années que je ne passais pas une semaine de délire comme ça. » Bilan? «Ça m’a apporté tellement de choses. J’adore trop ce truc!»

❚ Marion et Tristan: l’apprentissage de la réciprocité. Etudiants, 23 ans, membres depuis juin 2006, ils vivent en couple à Plainpalais. Un canapé est à disposition au salon. «Nous nous sommes inscrits juste avant de partir pour un voyage en Suède et en Norvège, en nous disant: on va essayer… Nous avons eu des réponses dans la minute. » Sur place, Marion et Tristan reçoivent, sans autre forme de procédé, «les clés de la maison et une vraie chambre avec deux lits». Comment réciproquer? «Nous leur avons fait à manger. Et nous avons passé du temps avec eux. Ils étaient un peu frustrés d’avoir eu jusque-là des couchsurfers qui ne restaient qu’une nuit. » Tristan et Marion aiment l’idée d’un échange circulaire, sous-jacente au projet: «On rend la pareille, mais à quelqu’un d’autre…»

❚ Ariane: éloge de la gratuité. Agée de 39 ans, membre depuis mai 2006, elle travaille dans le social et vit seule sur la Rive droite. Ariane vient de couchsurfer à Londres il y a deux semaines, après avoir accueilli plusieurs personnes. «Je ne suis pas trop dans la philosophie du sac à dos. Mais j’aime l’idée que dans la vie, on puisse encore faire des choses gratuites. Et j’avais assez envie de recommencer une forme de colocation. »

❚ www. couchsurfing. com.

Droit d'auteur: Tribune de Genève

Auteur: Ulmi

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